2/7 Pour la Com-com, il n'est pas question d'acheter les bâtiments de GM&S les yeux fermés

Ils ont rapporté beaucoup d’argent aux actuels propriétaires des murs (les anciens actionnaires d’Altia), mais pour les finances de l’intercommunalité cela pourrait s’avérer de l’argent jeté par les fenêtres si le site n’est pas pérennisé. Photo Mathieu Tijeras
Le projet d’acquisition des bâtiments industriels de GM & S industry s’est invité dans l’ordre du jour du conseil communautaire de l’Ouest creusois  vendredi soir. L’État presse de conclure, élus et salariés font bloc pour ne pas engager de l’argent public sans garanties.

Etienne Lejeune a fait le point sur le dossier GM & S , sur l’offre de reprise par le groupe GMD et sur le rôle qu’est appelée à jouer la collectivité qu’il préside : « GMD devra louer les locaux à un coût exorbitant à la SCI Stamping, toujours propriétaire… La loi NOTRe a confié la compétence immobilier d’entreprise aux collectivités territoriales et c’est à ce titre que le Ministère et la préfecture nous ont sollicités pour faire l’acquisition des bâtiments, car le repreneur se refuse à régler le loyer appliqué, 25 000 euros aujourd’hui, il était de 40 000 euros au début. On nous dit que le loyer acceptable pour le repreneur serait de 15 000 euros… ».

Initialement, les négociations ont été menées avec Jean-François Muguay, maire de la commune (elle est propriétaire de la station de détoxication) et la dernière demande de la préfecture était :  « Etes-vous prêts à l’éventualité du rachat de ce bâtiment, condition suspensive émise par M. Martineau, patron de GMD ? ». Ce à quoi Étienne Lejeune répond : « Nous sommes d’accord pour en discuter, mais je ne ferai rien sans l’avis du conseil communautaire… ».

Avant de s’engager, l’intercommunalité a posé des préalables : revoir le prix d’achat fixé qui est de 1 million alors que l’usine, selon les informations dont disposent les élus, a été achetée pour un euro par la SCI Stamping.

L’intercommunalité veut également connaître l’état des bâtiments en s’entourant d’experts, et enfin s’assurer la pérennité du montage financier, car la collectivité va être obligée d’emprunter, les loyers devront couvrir l’emprunt et courir sur toute la durée du remboursement. Or ces demandes n’ont eu aucune réponse précise. Par contre, la veille, Etienne Lejeune avait quasiment le couteau sous la gorge car « Bercy voulait une réponse […] J’ai répondu qu’un million et sans garantie, ce n’est pas une transaction acceptable ».

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Les salariés de GM & S solidaires des élus

Sur ce point, les élus du conseil communautaire étaient d’accord et ont même été plus loin. Pour Thierry Dufour, maire de Fursac, salarié de GM & S : « La négociation porte sur 120 salariés, l’usine était autonome aujourd’hui avec son service commercial, son bureau d’étude, demain, elle ne sera qu’une unité de production, 120 salariés c’est un nombre critique, la pérennité n’est pas garantie. De plus l’engagement des constructeurs n’est pas sur la durée de l’emprunt éventuel : trois ans pour Peugeot. Un an pour Renault?? On ne peut pas s’engager à l’aveugle, c’est une patate chaude que l’État nous envoie ».

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Un avis approuvé par Brigitte Jammot, du groupe d’alternance : « Il est inadmissible que des représentants de l’État, de Bercy ou de la préfecture ne se soient pas déplacés pour ce conseil communautaire : je suis effarée par les chiffres annoncés. L’État, les collectivités ont déjà mis beaucoup d’argent, la SCI achète pour l’euro symbolique et revendrait 1 million?? ».

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Didier Lavaud, maire de Crozant, lui aussi salarié de GM&S, a le même discours : « on a donné ces bâtiments pour rien. Quand l’usine a eu des difficultés, on lui a fait cadeau de la taxe professionnelle, et aujourd’hui, on ne nous laisse rien. Nous aussi, salariés de GM&S, nous ne trouvons pas cela normal : en 24 heures, une telle somme et sans condition, c’est inacceptable ».

Une délibération qui ouvre la discussion

Jean-François Muguay a alors évoqué une résolution, envisagée d’ailleurs avec Etienne Lejeune quelques heures plus tôt : « La question que nous devons nous poser est, sommes nous d’accord pour être présents à la table des négociations?? Si nous refusons, on nous le reprochera… ».
La délibération proposée par Etienne Lejeune a été amendée et votée ensuite à l’unanimité, libellée comme suit : « Les élus de la communauté de communes ont bien noté la proposition de vente de la SCI Stamping, bien noté l’engagement du repreneur GMD d’assumer un loyer de 180.000 euros annuels et ils autorisent le président à entrer en négociation en vue d’un éventuel rachat dans l’intérêt des salariés de GM & S, du territoire et de ses habitants en s’entourant de personnes compétentes telles avocat d’affaires, experts en bâtiment… ».